Empreinte moderne : déroulé du sceau-cylindre RS 7.120 (Louvre AO18548)
(© Mission de Ras Shamra)
Du nouveau sur la culture matérielle d’Ougarit

Du nouveau sur la culture matérielle d’Ougarit

équipe de recherche: Aurélie Carbillet, Valérie Matoïan

L’étude de la culture matérielle d’une société, c’est-à-dire de toutes les productions humaines, participe à définir son identité culturelle. La culture matérielle d’Ougarit comprend des catégories très variées d’objets utilisées dans des contextes religieux, funéraires, politique/administratif, d’habitat (demeures privées et Palais royal). Avec un sixième de la ville du Bronze récent dégagé, ce sont plusieurs dizaines de milliers d’objets complets et fragmentaires qui ont été sortis de terre, témoins de l’histoire et reflets du quotidien des Ougaritains. Ougarit étant un centre d’échanges majeur, sa culture matérielle se compose d’objets produits localement, majoritaires, et d’un nombre important d’objets importés : d’Égypte, du Levant Sud, de Mésopotamie, d’Anatolie, de Chypre, d’Égée.
Certaines catégories d’objets, telles les sceaux-cylindres, les céramiques mycéniennes, la vaisselle en pierre, les stèles en pierre, les rhytons coniques (…), sont plutôt bien connues. D’autres ont été « re-découvertes » dernièrement, à l’occasion du programme d’exploitation scientifique des archives des fouilles anciennes. Cette documentation renseigne sur divers aspects de la société ougaritique, comme le montrent les trois dossiers présentés ci-après.
Les miroirs sont une catégorie d’accessoire de toilette peu fréquente à Ougarit. 
L’identification d’un exemplaire inédit (RS 27.083) du « Palais Sud », interprété à tort comme une « pelle à galette » a été l’occasion de reprendre l’ensemble de la documentation relative à cette catégorie d’objets à Ougarit et de proposer d’interpréter, à titre d’hypothèse, un élément en ivoire (RS 14.181) comme un manche de miroir, portant peut-être à trois le nombre de ces objets à Ougarit. Nos interrogations portent sur l’origine de ces objets à Ougarit (locale ou importée ?), leur nature (bien de prestige ?), le cadre de leur utilisation (domestique, rituel ?).
Les baignoires constituent une catégorie de mobilier lourd quasi inédite jusqu’à récemment dans le champ des études ougaritiques. Les plus nombreuses sont fabriquées en terre cuite. Quelques rares exemplaires, façonnés dans la pierre, ont récemment retenu notre attention. Les archives de fouille documentent à ce jour deux spécimens presque complets et peut-être un troisième dont il ne resterait qu’un fragment de bord. Leur forme générale – elliptique, à parois hautes munies de tenons et à fond plat – est très proche de la forme de nos baignoires actuelles. L’une de ces baignoires disposait d’un trou d’évacuation de l’eau. Toutes sont taillées dans du calcaire fin. Cette catégorie de mobilier provient des grandes résidences de la cité en lien avec l’élite (« Palais Sud » et maison au nord de la « maison du Grand-Prêtre »). Des aménagements hydrauliques liés à la gestion des eaux usées et peut-être aussi des eaux de pluie ont été retrouvés à leur proximité.
Hors d’Ougarit, les baignoires en pierre sont une catégorie de mobilier plutôt rare dans le bassin oriental de la Méditerranée : on connaît une dizaine d’exemplaires chypriotes datés du Bronze récent et de l’âge du Fer et au moins trois exemplaires palestiniens datés de l’âge du Fer. La cité d’Ougarit livre ainsi le seul corpus connu pour le Levant septentrional. Cette documentation inédite se révèle particulièrement intéressante dans le cadre de l’étude de l’interculturalité en Méditerranée orientale au Bronze récent et au début de l’âge du Fer. Nous poursuivrons prochainement notre réflexion en nous attachant à l’étude des baignoires en terre cuite.

Concernant la catégorie des armes de trait connues sous l’appellation de « pointes de flèche à percussion », l’exploitation des archives de fouilles d’Ougarit a permis de révéler un ensemble particulièrement significatif. L’étude en cours, qui s’inscrit dans la continuité de l’article qu’H. Genz (2007) a consacré à cette catégorie d’objets, a pour objectif de réaliser le catalogue et d’étudier les contextes de découverte des découvertes ougaritiques. Alors qu’un seul exemplaire ougaritain était jusqu’à présent mentionné dans les publications, l’enquête documente le corpus le plus important du Levant. Ces objets sont fréquemment associés à la chasse aux oiseaux ; mais certains auteurs les considèrent plutôt comme des outils (poinçons, clous, marteaux ou encore petites enclumes).

Bibliographie

Caubet A., 2004, « Les instruments de toilette », in Y. Calvet, G. Galliano (dir.), Le royaume d’Ougarit. Aux origines de l’alphabet, Lyon, p. 229.
Genz H., 2007, « Stunning Bolts : Late Bronze Age Hunting Weapons in the Ancient Near East », Levant 39, p. 47-69.
Matoïan V., Carbillet A., 2014, « ‘Miroirs, mes beaux miroirs…’ ou Un instrument de toilette peu attesté à Ugarit », Semitica et Classica 7, p. 171-181.
Matoïan V., Carbillet A., 2017, « Baignoires en pierre de Ras Shamra-Ougarit », in V. Matoïan (dir.), Archéologie, patrimoine et archives. Les fouilles anciennes à Ras Shamra et Minet el-Beida I, Ras Shamra – Ougarit XXV, Leuven, p. 209-240.

Le miroir en bronze RS 27.083, « Palais Sud » d’Ougarit
(Mission de Ras Shamra, fonds Schaeffer, archives du Collège de France, infographie E. Croidieu).

Dessin d’une baignoire en pierre (incomplète) découverte dans une demeure de l’Acropole de Ras Shamra
(© Mission de Ras Shamra).

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