Empreinte moderne : déroulé du sceau-cylindre RS 7.120 (Louvre AO18548)
(© Mission de Ras Shamra)
Inscriptions hiéroglyphiques égyptiennes inédites d’Ougarit

Inscriptions hiéroglyphiques égyptiennes inédites d’Ougarit

équipe de recherche: Lagarce-Othman Bérénice

Ougarit a entretenu des rapports privilégiés avec l’Égypte. Les premières attestations de l’écriture hiéroglyphique, qui paraissent témoigner des premiers contacts véritables entre les deux pays – bien que des vases en pierre égyptiens remontant au IIIe millénaire av. J.-C. aient été trouvés, dans des niveaux plus récents –, datent du Moyen Empire, avec une perle en cornaline inscrite du nom du roi Sésostris Ier (env. 1956-1911 av. J.-C., XIIe dynastie) ou une statuette en basalte au nom de Khnoumet-Nefer-Hedjet, fille de son successeur Amenemhat II. Des éléments de statuaire remontent au règne d’Amenemhat III (env. 1807-1798 av. J.-C.), notamment les fragments de deux sphinx gravés de son nom. À côté de ces monuments émanant de la sphère royale, quelques vestiges de statuaire égyptienne privée du Moyen ou du Nouvel Empire, dont certains portent des dédicaces en hiéroglyphes, témoignent de l’existence d’échanges à un niveau moins officiel durant le IIe millénaire. Il faut cependant garder à l’esprit que ces objets étaient peut-être, comme le suggèrent plusieurs savants, le fruit de trafics consécutifs à des pillages de tombes ou de monuments en Égypte.
Les vases en albâtre calcite, nombreux sur le site, sont parmi les supports les plus fréquents d’écriture hiéroglyphique. Sauf une exception, ils présentent les cartouches de pharaons des XVIIIe et XIXe dynasties, depuis Amenhotep III (env. 1387-1348 av. J.-C.) jusqu’à Ramsès II (env. 1279-1212 av. J.-C.). Ils proviennent pour la plupart du Palais royal ou de ses abords, attestant de la valeur de ces récipients comme objets de luxe et présents diplomatiques.
Mais le matériel le plus abondant sur lequel se rencontrent des hiéroglyphes, diversement exacts et déchiffrables, sont les scarabées et scaraboïdes, d’origine égyptienne ou levantine, y compris une exceptionnelle empreinte de scarabée au nom de Ramsès II imprimée sur de l’argile. La plupart s’ornaient de ces signes comme de symboles propitiatoires. Certains, cependant, se distinguent par leur caractère officiel, notamment un grand « scarabée de mariage » d’Amenhotep III, émis par la cour pharaonique et couvert d’un texte de propagande royale.
L’égyptien hiéroglyphique était également en usage à Ougarit dans le domaine de la métrologie, comme le montrent, d’une part, un poids en bronze en forme de taureau couché dont le flanc arbore deux signes égyptiens « dix », d’autre part, un remarquable poids en pierre portant, outre le cartouche de la reine Hatchepsout (env. 1479-1458 av. J.-C.), plusieurs inscriptions hiéroglyphiques.
Parmi ces divers objets et monuments inscrits en égyptien hiéroglyphique, certains, trouvés lors des fouilles anciennes, sont restés inédits. La recherche à leur sujet est donc en cours, pour élargir encore les connaissances concernant l’histoire des liens entre la capitale levantine et la Vallée du Nil durant l’âge du Bronze. La documentation qui permet d’exploiter ce matériel archéologique comprend, outre les rapports de fouille publiés autrefois, les archives de la mission, à savoir carnets de fouilles et d’inventaire, photographies et dessins qui ont parfois été réalisés en vue d’une publication, notes établies par des spécialistes au lendemain de certaines découvertes… Une collection de moulages conservée dans le fonds Schaeffer du Collège de France est également précieuse : elle compte les reproductions d’un grand nombre des scarabées et de scaraboïdes trouvés à Ras Shamra et à Minet el-Beida, ainsi que de divers autres éléments de glyptique, cachets et cylindres-sceaux, et de quelques objets singuliers tels que le poids au nom de la reine Hatchepsout mentionné ci-dessus et publié récemment, ou que des fragments de vases en pierre portant une inscription ou un décor. Outre qu’un tel fonds est rare parmi les archives de missions archéologiques, il supplée en partie aux lacunes de la documentation pour les objets demeurés en Syrie, donc actuellement inaccessibles, et ceux dont la trace a été perdue dans les collections ou dont le lieu de conservation n’est pas connu.

Bibliographie

Lagarce B. 2008, « Réexamen des monuments du Palais royal d’Ougarit inscrits en hiéroglyphes égyptiens conservés au Musée national de Damas », in V. Matoïan (dir.), Le mobilier du Palais royal d’Ougarit, Ras Shamra-Ougarit XVII, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, p. 261-280.
Lagarce-Othman B. 2013, « Un nouveau vase inédit d’Horemheb », in V. Matoïan et M. Al-Maqdissi (éds), Études ougaritiques III, Ras Shamra-Ougarit XXI, Leuven – Paris – Walpole, MA, Peeters, p. 347-364.
Lagarce-Othman B. 2016, « Une empreinte au nom de Ramsès II trouvée dans le secteur de la “Maison d’Ourtenou” », in V. Matoïan et M. Al-Maqdissi (éds), Études ougaritiques IV, Ras Shamra-Ougarit XXIV, Louvain – Paris – Bristol, Peeters, p. 155-165.
Lagarce-Othman B. 2017, « Les scarabées d’Amenhotep III et de Tiy à Ougarit », in V. Matoïan (dir.), Archéologie, patrimoine et archives. Les fouilles anciennes à Ras Shamra et à Minet el-Beida I, Ras Shamra-Ougarit XXV, Louvain – Paris – Bristol, Peeters, p. 165-186.
Lagarce-Othman B. « Un groupe particulier de scarabées du Bronze récent à Ugarit : questions d’origine et d’original », contribution au colloque Société et religion à Ougarit, organisé par le Collège de France et la Mission archéologique syro-française de Ras Shamra-Ougarit, à Paris, les 15 et 16 septembre 2016, sous presse dans Ugarit-Forschungen 48.
Lagarce-Othman B., sous presse, « Deux petits objets au nom d’Hatchepsout à Ougarit », in V. Matoïan (dir.), Archéologie, patrimoine et archives. Les fouilles anciennes à Ras Shamra et à Minet el-Beida II, Ras Shamra-Ougarit XXVI, Louvain – Paris – Bristol, Peeters.

Empreinte de scarabée sur argile au nom de Ramsès II (RS 96.2533, Musée de Damas DO 8126)
(© Mission de Ras Shamra, cliché Carole Roche-Hawley, infigraphie G. Devilder).

Poids RS 26.280 au nom d’Hatchepsout, photographie conservée dans les archives de la mission de Ras Shamra-Ougarit.

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