Empreinte moderne : déroulé du sceau-cylindre RS 7.120 (Louvre AO18548)
(© Mission de Ras Shamra)
Le scorpion

Le scorpion

équipe de recherche: Dalix Anne-Sophie, Matoïan Valérie

De tous les animaux, le scorpion est l’un de ceux qui ont le plus intrigué et fasciné les Anciens, toutes civilisations confondues. Son comportement sexuel et sa morphologie si singulière, se caractérisant par deux pinces (pédipalpes) et une queue articulée qui se termine par un aiguillon venimeux, n’y sont pas étrangers. Parfois comparé à une machine de guerre (par ex. Tertullien), il est autant craint que vénéré, a fortiori, lorsqu’il prend la forme de l’animal attribut ou symbole d’une divinité. Il s’agit pour les plus connues, de Selket (Égypte), ou d’Išḫara (Mésopotamie).
Á Ougarit où cet arachnide est encore bien présent de nos jours, il est l’un des animaux qui, avec le taureau, le lion ou encore les caprinés, est le plus souvent figuré. La découverte récente dans les archives d’un dessin de tête de masse RS 24.57 ornée d’un scorpion a été l’occasion de réévaluer le dossier des représentations de cet animal, passé inaperçu ou peu s’en faut dans le champ des études iconographiques). L’étude de cet objet exceptionnel à plus d’un titre a permis de réunir autour de sa personne une documentation iconographique particulièrement riche et très majoritairement présente dans la glyptique (en particulier sur une soixantaine de sceaux-cylindres), à laquelle s’adjoignent des sources textuelles beaucoup plus rares. Parmi ces dernières, figure la fameuse incantation au nom d’Ourtenou (RS 92.2014), qui est destinée à le préserver des piqûres de scorpions, tout comme des morsures de serpent. Cette association scorpion-serpent que l’on retrouve sur certains sceaux-cylindres, témoigne de l’un des aspects sous lequel les Ougaritains percevaient le scorpion : son caractère chtonien.
Si le scorpion est presque toujours vu du dessus de façon à détailler ses principales caractéristiques anatomiques, il n’apparaît qu’à titre exceptionnel de manière isolée et la variété des associations animales et humaines dans lesquelles il est présent, laisse entrevoir toute la complexité et l’ambivalence des concepts socio-culturels et religieux que les Ougaritains lui accordaient. Nul doute que, dans cette étude en cours, le scorpion réserve encore bien des surprises (à suivre, étude à paraître dans la série Ras Shamra-Ougarit) !
Cette recherche transdisciplinaire s’inscrit dans la perspective des études précédemment menées par la mission sur d’autres espèces animales, principalement des mammifères. S’appuyant sur les données archéozoologiques, matérielles, iconographiques et textuelles, elle vise à reconstituer le bestiaire d’Ougarit et contribue à mettre en lumière la perception que les Ougaritains avaient de leur environnement. Á plus long terme, les résultats seront comparés à ceux des autres sociétés du Bronze Récent.

Bibliographie

Calvet Y, 2000, « Ougarit : les animaux symboliques du répertoire figuré au Bronze récent », Les animaux et les hommes dans le monde syro-mésopotamien aux époques historiques, Topoi suppl. 2, Lyon, p. 447-465.
Dalix A.-S., Matoïan V., sous presse, « La tête de masse décorée d’un scorpion RS 24.57 découverte en 1961 : un document inédit de la « Tranchée Sud-acropole » d’Ougarit », Ras Shamra – Ougarit.
Dalix A.-S. et Vila E., 2007, « Symbole animal dans la société ougaritaine. Sur la piste des cervidés et des hippopotamidés », in J.-M. Michaud (dir.), Le royaume d’Ougarit de la Crète à l’Euphrate. Nouveaux axes de recherche, Actes du congrès international de Sherbrooke 2005, GGC éditions, p. 327-356.
Dalix A.-S., Vila E., 2007, « Wild boar hunting in the Eastern Mediterranean in the 2nd and 1st millenia B.C. », in U. Albarella, K. Dobney, A. Ervynck et P. Rowley-Conwy (eds.), Pigs and Humans. 10.000 Years of Interactive, Oxford, p. 359-372.
Dalix-Meier A.-S., Vila E., 2008, « Le roi et le bestiaire symbolique d’Ougarit : rencontre des données ostéologiques, épigraphiques et iconographiques », in M. Al-Maqdissi et V. Matoïan (éds), « L’Orient des palais ». Le Palais royal d’Ougarit au Bronze récent, Documents d’archéologie syrienne XV, Direction Générale des Antiquités et des Musées, Damas, p. 247-250.
Vila E., 1998, L’exploitation des animaux en Mésopotamie au IVème et IIIème millénaires avant J.- C., Monographies du C. R. A. 21, Paris.
Vila E., Dalix A.-S., 2004, « Alimentation et idéologie : la place du sanglier et du porc au Bronze Récent sur la côte levantine. Domestications animales, dimensions sociales et symboliques », Anthropozoologica 39/1, Actes du colloque de Lyon, novembre 2002, p. 219-236.
Yoyotte J., 2013, « Scorpion », in Ph. Huet et M. Huet (éds), L’animal dans l’Égypte ancienne, Éditions Hesse, Saint-Claude-de-Diray.

Empreinte moderne du sceau-cylindre en stéatite RS 4.415, Ras Shamra, Acropole
(© Mission de Ras Shamra).

Décor de sceaux-cylindres de Ras Shamra avec représentation de scorpions
(© Mission de Ras Shamra, infographie G. Devilder).

Tablette RS 92.2014 : incantation en ougaritique contre les piqûres de scorpions et les morsures de serpent
(© Mission de Ras Shamra, infographie G. Devilder).

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