Empreinte moderne : déroulé du sceau-cylindre RS 7.120 (Louvre AO18548)
(© Mission de Ras Shamra)
Les scarabées d’Ougarit

Les scarabées d’Ougarit

équipe de recherche: Lagarce-Othman Bérénice

Plus de 150 scarabées et scaraboïdes, en pierre ou pâte vitreuse, ont été exhumés à Ras Shamra-Ougarit. Beaucoup sont encore inédits. Ces objets, généralement gravés d’une inscription sur le plat, ont d’abord été produits en Égypte, au Moyen Empire, mais, très vite, on les retrouve au Levant, où ils furent importés, puis imités, dès le XVIIIe siècle av. J.-C. Au vu des trouvailles, ils y étaient utilisés avant tout comme amulettes en contexte funéraire (cf. Ben-Tor 2007, p. 119, 155), étant porteurs d’une symbolique liée à la renaissance et investis de vertus régénératives, mais étaient aussi portés comme talismans par les vivants. Il n’y a pas d’indice ferme qu’ils aient servi comme sceaux, par contraste avec l’Égypte où leur usage administratif fut important, surtout pendant les premiers siècles du IIe millénaire.
Le matériel d’Ougarit, qui couvre la période courant de l’âge du Bronze moyen à la fin du Bronze récent, présente l’avantage de provenir, à quelques exceptions près, de fouilles régulières, de sorte que l’on dispose, pour la plupart des découvertes, d’un contexte archéologique défini. Ce corpus est représentatif, dans les décors et les styles, des différentes tendances qui ont travaillé la production des scarabées au IIe millénaire, en Méditerranée orientale : on y reconnaît des modèles égyptiens et égyptisants, des motifs dans le style dit « hyksos » (contemporain de la Seconde Période Intermédiaire en Égypte), mais aussi des scarabées « cananéens », porteurs de décors élaborés au Levant. Plusieurs des documents originaires d’Égypte sont inscrits de noms de souverains du Nouvel Empire (Hatchepsout, Thoutmosis III, Thoutmosis IV, Amenhotep II, Amenhotep III, Ramsès II). L’éventail des ornements et des inscriptions va par ailleurs du motif géométrique ou floral à la formule de dévotion à une divinité, en passant par des scènes impliquant des figures humaines ou animales, et par diverses compositions hiéroglyphiques plus ou moins déchiffrables.
Pour le moment, nous n’avons pas d’indice d’une production locale ou d’un atelier régional. De très rares spécimens de moules sont connus à Ougarit, mais ne correspondent à aucun exemplaire positif trouvé sur le site.
En revanche, l’étude de ces objets peut contribuer à éclairer l’histoire des échanges entre la cité côtière et ses voisins, par le biais des questions de l’origine des matériaux et de leur lieu de fabrication, de celle du mode et de l’époque d’acquisition des différents artefacts. Elle aide aussi à compléter nos connaissances des pratiques socio-culturelles à Ougarit. En effet, de nombreux scarabées ou scaraboïdes ont été retrouvés dans des contextes nettement postérieurs à leur production, ce qui montre qu’ils étaient parfois conservés et transmis au fil des générations. Les trouvailles parmi le matériel des tombes donnent des indications sur la valeur funéraire prophylactique attribuée à ce type d’objets, mais étant proportionnellement moins nombreuses que sur la majorité des autres sites du Levant, elles confirment aussi, a contrario, la place sans doute plus importante jouée par ces amulettes dans le monde des vivants. Dans les contextes domestiques où beaucoup d’entre elles ont été découvertes, celles-ci servaient probablement des fins rituelles, figurant parmi le matériel nécessaire à des pratiques magiques, ou faisaient tout simplement partie des parures d’usage quotidien des Ougaritains de quelque aisance, qui devaient les porter sur eux par souci d’élégance et de protection personnelle.
L’étude archéologique s’appuie sur une indispensable étude complémentaire des archives, carnets d’inventaire et de chantier des fouilles anciennes, qui permet d’apporter le maximum de détails sur le contexte archéologique d’une trouvaille et son état au moment de sa découverte. En outre, le fonds Schaeffer conservé au Collège de France détient une exceptionnelle collection de moulages, dont les copies d’environ 80 scarabées et scaraboïdes, qui permettent de suppléer en partie aux lacunes de la documentation et à l’inaccessibilité actuelle des objets présents en Syrie.

Bibliographie

Ben-Tor D. 2007, Scarabs, Chronology, and Interconnections : Egypt and Palestine in the Second Intermediate Period (OBO Series Archæologica 27), Fribourg, Ed. Univ. – Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht.
Keel O. 1995, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel: Von den Anfängen bis zur Perserseit—Einleitung, OBO Series Archaeologica 10, Universitätsverlag Freiburg Schweiz—Vandenhoeck & Ruprecht Göttingen.
Keel O. 1997, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel : Von den Anfängen bis zur Perserseit—Katalog Band I : Von Tell Abu Farağ bis ‘Atlit, OBO Series Archaeologica 13, Universitätsverlag Freiburg Schweiz, Vandenhoeck & Ruprecht Göttingen.
Keel O. 2010, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel. Katalog Band III : Von Tell el-Far‘a Nord bis Tell el-Fir, OBO Series Archaeologica 31, Fribourg, Academic Press – Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht.
Keel O. 2010, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel. Katalog Band II : Von Bahan bis Tel Eton, OBO Series Archaeologica 29, Fribourg, Academic Press – Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht.
Keel O. 2013, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel. Katalog Band IV : Von Tel Gamma bis Chirbet Husche, OBO Series Archaeologica 33, Fribourg, Academic Press, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht.
Keel, Othmar, 2017, Corpus der Stempelsiegel-Amulette aus Palästina/Israel. Katalog Band V : Von Tel el-‘Idham bis Tel Kitan, OBO Series Archaeologica 35, Fribourg, Academic Press – Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht.
Lagarce-Othman B. 2016, « Les scarabées d’Ougarit : un corpus d’ægyptiaca inédit », notice dans La Mission d’Ougarit et son héritage (catalogue de l’exposition Ougarit, entre Orient et Occident, Collège de France, 16 au 23 septembre 2016), Paris, p. 36-37.
Lagarce-Othman B. 2016, « Une empreinte au nom de Ramsès II trouvée dans le secteur de la “Maison d’Ourtenou” », in V. Matoïan et M. Al-Maqdissi (éds), Études ougaritiques IV, Ras Shamra-Ougarit XXIV, Louvain – Paris – Bristol, Peeters, p. 155-165.
Lagarce-Othman B. 2017, « Les scarabées d’Amenhotep III et de Tiy à Ougarit », in V. Matoïan (dir.), Archéologie, patrimoine et archives. Les fouilles anciennes à Ras Shamra et à Minet el-Beida I, Ras Shamra-Ougarit XXV, Louvain – Paris – Bristol, Peeters, p. 165-186.
Nunn A. 2004, « Die Skarabäen und Skaraboide aus Westvorderasien und Mesopotamien », in A. Nunn et R. Schulz (éds), Skarabäen außerhalb Ägyptens: lokale Produktion oder Import? (British Archaeological Reports International Series 1205), Oxford, p. 13-53.

RS 9.292 : scarabée de type dit « hyksos » en stéatite glaçurée, âge du Bronze moyen IIB
(clichés archives de la Mission Ras Shamra).

RS 16.094 : grand scarabée commémoratif en stéatite glaçurée au nom d’Amenhotep III et de son épouse Tiy, XVIIIe dynastie (Mission de Ras Shamra, clichés B. Lagarce-Othman).

RS 26.051 : scarabée en stéatite glaçurée portant une dédicace au dieu Amon-Rê, Nouvel Empire égyptien
(Mission de Ras Shamra, clichés B. Lagarce-Othman).

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