Vue du Djebel Akra depuis la côte dans la région de Ras Shamra
(© Mission de Ras Shamra)

École Pratique des Hautes Études (PSL), Sciences historiques et philologiques 2018-2019

Ougarit, ville frontière et creuset culturel entre Proche-Orient et Méditerranée

Historique et bilan des découvertes et des recherches sur la civilisation ougaritique

Conférence donnée par Valérie Matoïan

EPHE, 54 Bd Raspail, Paris, lundi 15h – 17h (tous les 15 jours, à partir du 29 octobre 2018)

Ras Shamra, Ougarit, deux toponymes peu connus du grand public mais particulièrement évocateurs pour les spécialistes des civilisations anciennes. Leur lecture convoque nombre de sujets et d’idées : un site majeur du patrimoine syrien, accroché à l’une des anses portuaires parmi les plus favorables de la côte levantine ; les vestiges remarquables d’une cité méditerranéenne de l’âge du Bronze récent ; une civilisation florissante du IIe millénaire avant notre ère, que d’abondantes découvertes archéologiques et épigraphiques permettent de faire revivre ; un centre majeur d’échanges de la Méditerranée orientale au temps de la civilisation mycénienne, de l’empire hittite, du Nouvel Empire égyptien ; une ville proche-orientale dont l’urbanisme est le mieux connu ; le premier corpus de textes alphabétiques nous renseignant sur la diplomatie, l’économie, la vie quotidienne, la culture d’un royaume syrien, prospère et marchand, du milieu du XIVe au début du XIIe siècle avant notre ère ; une cité détruite vers 1180 av. J.-C. au moment où le Proche-Orient et la Méditerranée orientale connaissent d’importants bouleversements d’ordre politique, social et économique marquant la fin de l’âge du Bronze.
Inscrite dans la tradition syrienne qui s’élabore à partir du troisième millénaire av. J.-C., documentée par les découvertes d’Ebla et de Mari, l’Ougarit du second millénaire occupe une place clé entre la Mésopotamie et l’Égée, l’Anatolie et l’Égypte, et apporte des éclairages significatifs pour mieux comprendre notamment la culture et l’histoire des civilisations du Levant au Ier millénaire.

En parallèle aux manifestations qui commémoreront le quatre-vingt dixième anniversaire du début de l’exploration sur les sites de Ras Shamra et de Minet el-Beida, le cycle de conférences s’attachera à présenter 1/ un historique des découvertes et des recherches conduites depuis 1929 jusqu’à aujourd’hui (avec un exposé des programmes en cours dans le cadre de la Mission archéologique syro-française de Ras Shamra – Ougarit), 2/ ainsi qu’un bilan de nos connaissances sur la civilisation ougaritique, en particulier dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire.
La première thématique, fondée sur l’analyse des résultats publiés, abordera nécessairement les nombreux champs disciplinaires concernés par les études ougaritiques : archéologie, histoire, études d’iconographie, géographie… Cet examen sera poursuivi et complété par une présentation des acquis apportés par l’exploitation scientifique, en cours, des archives inédites liées aux fouilles anciennes (dont le fonds C. Schaeffer du Collège de France).
Ras Shamra est un chantier historique de l’archéologie levantine. Se plonger dans les archives, c’est approcher la mémoire d’une discipline, remonter le fil du temps jusqu’à l’époque où, après l’ère des pionniers qui caractérisa l’archéologie proche-orientale du xixe siècle, la recherche connaît des développements remarquables, avec la découverte en Syrie de grands sites tels ceux de Tell Hariri – Mari et de Ras Shamra – Ougarit.
Le second volet aura pour objectif de proposer un bilan de nos connaissances sur Ougarit, reposant sur une approche contextualisée des données archéologiques et iconographiques et questionnant la valeur documentaire des différentes sources. Comment approcher au plus près la réalité antique en croisant les données issues de l’étude de la culture matérielle et de la culture visuelle replacées dans un cadre historique.
Cette démarche s’inscrit dans la perspective d’une réflexion sur les enjeux des études ougaritiques (et plus largement, sur ceux de l’archéologie et l’histoire du Levant au second et au premier millénaires avant notre ère), stimulée notamment par la richesse de la documentation archéologique dont une partie est encore inédite et la profondeur historique que permet d’approcher la documentation ougaritique. Une longue tradition d’études est loin d’avoir tari la recherche. Bien au contraire, elle en souligne le dynamisme par l’étendue des enquêtes à mener, des voies à explorer, des approches développées dans le cadre de programmes en cours qui s’interrogent, par exemple, sur la géographie sociale et urbaine de cette capitale antique dont la société était composite, ou sur le devenir de ses habitants après sa destruction vers 1180 av. J.-C.

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